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Mémoire et indicible : la question du trauma individuel dans les arts contemporains Télécharger au format iCal
 
Appel à communication
 
Colloque UGA les 6 et 7 avril 2023
 
Mémoire et indicible : la question du trauma individuel dans les arts contemporains
 
La mémoire est un formidable objet d’étude que les sciences humaines, sociales et médicales n’ont eu de cesse d’explorer à la faveur d’approches variées qui révèlent sa nature éminemment labile. Considérée à la fois comme processus (anamnésis) et comme objet de ce processus (mnémè), elle s’avère difficile à saisir car, comme le souligne Paul Ricœur (2000), elle constitue une représentation présente d’un passé absent, donnant ainsi forme à un insaisissable. Attentif à sa vulnérabilité, Ricœur s’intéresse aussi à ses manifestations déficientes. Dans la droite lignée des analyses de Freud, il insiste notamment sur ce qu’il nomme « la mémoire empêchée » (2000), qui se heurte aux résistances d’un trauma passé de sorte que, faute d’un travail de deuil, la remémoration intentionnelle se révèle impossible. En effet, le trauma est, selon les termes de Freud, cet « événement vécu qui [...] apporte dans la vie psychique un tel surcroît d’excitation que sa suppression ou son assimilation par les voies normales devient une tâche impossible, ce qui a pour effet des troubles durables dans l’utilisation de l’énergie » (2022).
Cette absence d’anamnèse, liée à l’incapacité de dire, n’empêche pourtant pas le surgissement sous des formes diverses de traces mnésiques dans le discours (lapsus, signifiants détournés, etc.) ou plus généralement dans la communication (divers types d’actes manqués) qui, par contraste, dénotent l’existence du refoulé. Face à cet empêchement dont l'indicible est tantôt la cause, tantôt l'effet, la mémoire continue d'agir par des voies détournées en mettant en œuvre des stratégies de (dis)continuité et des modes d'expression que nous souhaitons analyser à l'occasion de ce colloque.
Celui-ci portera sur le trauma individuel, entendu comme “une blessure […] qui s’adresse à nous en tentant de nous dire quelque chose à propos […] d’une vérité qui n’est pas accessible à la connaissance autrement. Cette vérité, qui apparaît et interpelle à retardement, peut être reliée […] à ce qui est de l’ordre du connu, mais également à ce qui demeure inconnu dans nos propres actions et nos propres paroles » (Caruth, 1995, traduction de Anne-Martine Parent). La récurrence dans les arts contemporains de ce motif semble être le signe d’un changement de paradigme. La prise en compte du trauma (et du statut de la victime qui en découle) permet en effet d’interroger la nature consensuelle d’un certain ordre social. On constate ainsi que l’expression artistique du trauma se caractérise aujourd’hui par une grande diversité thématique, liée aux multiples expériences qui le particularisent (viol, accident, torture, attentat, massacre, catastrophe naturelle, etc.). Celle-ci met en jeu des formes artistiques variées (littérature, arts plastiques et visuels, arts scéniques, transmédialité) ainsi qu’une profusion de genres (tragédie, autofiction, témoignage, etc.), de procédés stylistiques (hypotypose, réitération, enfouissement, béance) et artistiques (catharsis, esthétiques de la sidération, etc.).
Mais, au-delà de cette hétérogénéité formelle, l’inscription du trauma dans le champ artistique suppose toujours un double défi : comment rendre compte d’un événement quand celui-ci « possède l’individu sans que l’individu puisse parvenir à sa compréhension cognitive » (Kaplan, 1999, traduction de Anne-Martine Parent) ? Dans quelle mesure l’expression du trauma parvient-elle à « désingulariser sans cesser d’individualiser » (Merlin-Kajman, 2016) ? Cette double gageure de « l’incompréhensibilité » liée à une expérience inexprimable ou incommunicable nous invite à envisager le trauma individuel dans son rapport à l’indicible afin d’en cerner les formes et d’en interroger les raisons. En effet, comme le souligne Anne-Martine Parent, « le trauma ruine la possibilité même d’un récit tout en le rendant nécessaire » (2006). On constate à cet égard que, si le silence apparaît comme sa manifestation la plus évidente, l’indicible peut également donner lieu à d’autres modes discursifs, tels que la logorrhée a-signifiante, l’itération (l’éparnothose, l’anaphore, etc.), la circularité (l’antépiphore, l'épanadiplose, etc.) ou encore de possibles relations intermédiales. Partant de ces manifestations multiples, force est de se demander si l’indicible est le produit d’une expérience-limite qui, pour reprendre les termes de Maurice Blanchot (1969), ouvre sur une « écriture hors langage ». Cet indicible ambitionne-t-il d’interroger l’au-delà du discours (l’inimaginable, l’indescriptible, l’extraordinaire, l’invisible...) ? Est-il l’expression d’une volonté de ne pas dire ou d’une incapacité à dire dont les causes peuvent être multiples ? Dans ce dernier cas, l’indicible s’apparenterait à une stratégie consciente ou inconsciente pour le maintien d’un équilibre que la remémoration du trauma ferait vaciller. On ne peut alors le réduire à un simple inexprimé, car il constitue un mode d’expression traumatique dont la négativité est hautement signifiante.
 
Le colloque aura lieu à l’Université Grenoble-Alpes, les 6 et 7 avril 2023. Il portera sur les manifestations de l’indicible relatives à une mémoire individuelle traumatique produites au cours des XXe-XXIe siècles. Toutes les pratiques artistiques inscrites dans les aires géographiques et linguistiques représentées au sein de l'ILCEA4 (Institut des Langues et Cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie) pourront faire l'objet d'explorations. Les propositions de communications, rédigées en français, seront envoyées avant le 5 décembre 2022 à . Les résumés devront mettre clairement en évidence l’articulation entre « mémoire », « trauma individuel » et « indicible ». Ils devront comporter un titre, un résumé de 300 mots maximum et l'affiliation institutionnelle de l’auteur. Ils seront accompagnés d'un bref curriculum académique. Les auteurs auront confirmation de l'acceptation de leur proposition fin décembre 2022. Une publication est prévue à l’issue du colloque.
Comité d’organisation :
Catherine Orsini-Saillet (ILCEA4-CERHIS)
Laurence Garino-Abel (ILCEA4-CERHIS)
Laurent Gallardo (ILCEA4-CERHIS)
David Crémaux-Bouche (ILCEA4-CERHIS)
 
Bibliographie
Blanchot Maurice, L’entretien infini, Paris, Gallimard, coll. « nrf », 1969.
Caruth Cathy, Unclaimed experience: trauma, narrative, and history, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1996.
Caruth Cathy (éd.), Trauma: explorations in memory, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1995.
Freud Sigmund, Introduction à la psychanalyse, Samuel Jankélévitch (trad.), Traduction revisitée, Paris, Payot & Rivages, coll. « Petite bibliothèque Payot », no 16, 2022.
Kaplan E. Ann, « Performing Traumatic Dialogue: On the Border of Fiction and Autobiography », Women & Performance: A Journal of Feminist Theory, no 19-20, 1999, p. 33-55.
Merlin-Kajman Hélène, Lire dans la gueule du loup : essai sur une zone à défendre, la littérature, Paris, Gallimard, coll. « NRF essais », 2016.
Parent Anne-Martine, « Trauma, témoignage et récit. La déroute du sens », Revue Protée, vol. 34, no 2-3, 2006, p. 113-125.
Ricoeur Paul, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 2006.
Lieu Université Grenoble-Alpes
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