| La ville livre. Géographie littéraire de l'espace urbain: inscriptions, circulations et pratiques |
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LA VILLE LIVRE Géographie littéraire de l’espace urbain : inscriptions, circulations et pratiques Comme la littérature et les études littéraires, la géographie culturelle reconnaît « l’importance des représentations, de l’imaginaire, des discours, des systèmes de signes dans le fonctionnement et les dynamiques des sociétés » (Lévy 29). Lionel Dupuy, dans son introduction à L’Imaginaire géographique : essai de géographie littéraire, a d’ailleurs mis au jour des points de convergence entre les perspectives selon lesquelles ces disciplines interrogent nos façons d’habiter le monde. Ce numéro de Géographie et cultures consacré à la géographie littéraire de l’espace urbain ne prend pas pour objet le « roman-géographe » étudié par Dupuy mais propose de s’intéresser à la ville-livre, l’espace urbain imprégné du littéraire et de ses traces : comment la littérature informe-t-elle le paysage urbain ? En quoi l’architecture urbaine et ses modes d’existence et de circulation contribuent-ils à faire émerger de nouveaux registres d’écriture et de lecture iconotextuelles ? En retour, que fait la littérature à la ville, comment, en s’affichant dans l’espace urbain, contribue-t-elle à inventer de nouvelles formes d’habiter et de vivre la ville, individuelles et collectives ? Il ne s’agira pas d’analyser comment la littérature dit ou métaphorise la ville mais de cartographier ce qu’elle fait à notre expérience de l’espace urbain ou d’une culture commune lisible spatialement. Longtemps perçue comme confinée à l’espace clos des bibliothèques ou des salles de classe, la littérature investit pourtant, de manière discrète mais significative, l’espace public. Elle se manifeste sous des formes diverses : plaques de rue (commémoratives, London blue plaques…), statuaire, demeures d’écrivains, affiches, fresques murales ou encore œuvres de Street art explicitement ou allusivement littéraires. Cette présence matérielle de la littérature ancre le quotidien des citoyens dans un environnement urbain pétri de culture littéraire tout en remplissant une fonction mémorielle, éducative et symbolique, voire festive et créatrice. Le territoire, traversé d’enjeux liés à la préservation et à la valorisation du patrimoine et du matrimoine littéraires ainsi qu’à la fabrication d’une identité culturelle et d’une mémoire collective, est également lézardé par des zones de rébellion ou d’investissement littéraires « vandales ». On pourra cartographier les formats littéraires, les modes d’adresse (caricature, humour, ironie, poésie, militantisme), les processus de fragmentation et de citation convoqués pour honorer un auteur ou interpeler les passants, ou étudier comment la littérature se matérialise, ou se matérialisait à des époques antérieures, dans des objets culturels tangibles pour s’inscrire dans des réseaux à la fois symboliques et pragmatiques de pouvoir et de contre-pouvoir. La signalisation constitue un vecteur privilégié de cette inscription littéraire dans le paysage urbain. Les noms de rues, d’avenues ou d’institutions (lycées, bibliothèques, médiathèques) rendent hommage à des figures majeures de la littérature nationale ou internationale. Ces toponymes ne relèvent pas uniquement d’un choix administratif : ils traduisent une volonté de valoriser – ou d’invisibiliser – un héritage intellectuel commun, d’ériger certaines autrices et auteurs en modèles de pensée, en repères culturels et moraux. L’espace urbain parcouru, pragmatique, se fait lieu de transmission, géographie symbolique. Les contributeurs pourront s’intéresser aux régimes d’inscription de la littérature dans la rue et à sa contribution à la construction symbolique de l’espace public. Si la culture est la somme des histoires que l’humain se raconte pour se constituer en tant qu’humain, quel rôle l’affichage du littéraire joue-t-il dans la machine à produire de l’imaginaire, du sens et des sociabilités qu’est la ville ? La visibilité du littéraire dans l’espace urbain relève d’une politique officielle, mémorielle ou sociale nécessairement sélective et excluante : quels rapports d’inégalités ou de dominations parcourent l’inscription et la réception du littéraire dans la rue ? Quelle ville-livre pour les illettrés ? Quelles lignes de fuite, quelles voies de réappropriation pour les laissés pour compte de cet espace poétique et politique ? La littérature s’invite également de manière plus éphémère ou plus artistique dans l’espace public, notamment à travers les affichages culturels (extraits d’œuvres, poèmes, citations) ou les formes contemporaines du Street art. De nombreuses initiatives municipales ou associatives proposent, par exemple, des fragments de poésie sur les murs, les abribus ou les vitrines, offrant un accès démocratisé à la création littéraire. Certains artistes urbains détournent des citations célèbres, rendent hommage à des écrivaines et à des écrivains à travers des fresques ou des collages. Ce dialogue entre littérature et art visuel renouvelle les modalités de création réception du littéraire, tout en revalorisant des espaces parfois marginalisés. En quoi le littéraire vient-il décentrer notre familiarité avec la ville, nous invitant à devenir « des touristes chez nous » (« tourists at home » selon Lucy Lippard) ? Quels sont les risques de récupération politique ou économique ? À quelles formes de résistance les pratiques littéraires dans la ville se heurtent-elles ? On pourra étudier comment la mise en espace littéraire de la ville a contribué à (dé)constuire la citoyenneté et les sociabilités, mais aussi les pratiques artistiques, au cours de l’histoire. Toutes ces inscriptions, officielles ou clandestines, fabriquent une géographie culturelle, en rendant visibles les traces concrètes de la création littéraire dans le tissu urbain. Passantes et passants, souvent inattentifs, sont conviés à une forme de lecture de la ville, à la manière d’un palimpseste où passé et présent cohabitent, qui peut aussi être une (ré)écriture. Comment s’articulent les formes officielles, mémorielles de la littérature dans la rue, sa valeur de témoignage de la reconnaissance accordée à certains auteurs en tant que porteurs d’une identité culturelle partagée, voire d’un système moral ou idéologique, et ses formes plus libres, voire marginales ? La présence de la littérature dans la ville ne relève-t-elle pas également de contre-cartographies, de contre-cultures ou de contre-canons ? La ville n’est-elle pas l’un des lieux où la littérature s’offre au regard de tous, radicalement contemporaine, vivante, agissante, notre affaire à tous ? La ville se conçoit alors comme une psychogéographie, un espace à s’approprier – ou se réapproprier – par les sens et l’imaginaire, spontanément ou à l’aide d’une médiatisation orale ou écrite, un espace vécu, à lire, à rêver et, peut-être, où agir. Quelles figures incarnent ces lecteurs et écrivaines de ville ? Qui habite la ville en poétesse et en poète, qui sont les flâneuses et flâneurs d’aujourd’hui ? Peut-on écrire l’histoire de cette façon de modeler et d’habiter la ville ? À une époque où l’accès à la littérature est mondialisé et l’accès au texte, dématérialisé, quels sont les enjeux et les effets de l’accessibilité de la littérature dans la rue ? Si la culture a un effet (« culture a thing that acts upon humans and human societies » Oakes & Price 6), que fait l’affichage de littérature dans la rue à nos pratiques urbaines individuelles et collectives ? Pourquoi ce goût de nos sociétés pour la ville-livre ? Pourquoi et comment la ville se construit-elle comme un espace imaginaire, entrelacs de discours et d’images qui composent un milieu offert à notre habiter ? Comment la ville fait-elle paysage littéraire, poétique, discursif ? Comment ce paysage est-il habité, parcouru, partagé ou médiatisé, voire évité ? Quelles nouvelles géographies en émergent ? On pourra étudier la mise en tourisme du patrimoine et du matrimoine littéraires mais également le(s) rôle(s) que joue le littéraire dans la mise en tourisme de la ville et le marketing urbain qui promeuvent la ville comme un espace d’histoires autant que d’histoire. Quel(s) rôle(s) jouent les guides littéraires et les collections éditoriales consacrées aux villes des écrivaines et écrivains dans ces processus ? Les contributeurs s’intéresseront possiblement aux nouvelles sociabilités qui émergent à la croisée des façons contemporaines d’habiter la ville et d’y circuler et de modalités de lecture et d’écriture émergentes, en étudiant, par exemple, l’usage les boîtes à livres ou les distributeurs d’histoires courtes. Enfin, la ville-livre se construit-elle, se vit-elle et se pense-t-elle de la même façon partout dans le monde et à toutes les époques ou ne peut-elle s’envisager qu’au pluriel, dans la diversité de ses interactions avec des cultures littéraires, des habitudes de lecture, des infrastructures et des usages de la ville, des politiques urbaines et des imaginaires spécifiques et contrastés ? Où, comment et pourquoi la ville-livre crée-t-elle non seulement un habiter autrement mais un vivre mieux ? C’est une cartographie subjective et imaginaire des nouvelles façons de vivre en poète dans la ville que ce dossier souhaite établir. Les contributions pourront croiser différentes approches théoriques. Sont acceptées les études de cas et les approches comparatistes et diachroniques. Calendrier Les propositions (400 mots + courte bibliographie) sont à envoyer avant le 27 février 2026 à : Acceptation des propositions : début mars Envoi des articles : 22 mai 2026 (Entre 35 000 et 50 000 signes (résumés et bibliographie inclus). Chaque illustration compte pour 1 500 signes. Feuille de style de la revue : https://journals.openedition.org/gc/605) Envoi du résultat des évaluations en double aveugle : 26 juin 2026 Envoi des versions finales : 18 septembre 2026 Langues de publication : français ou anglais (avec un résumé de 800–1000 mots en français) Bibliographie ANTON, Sonia (dir.), 2014, Vers une cartographie littéraire du Havre : de Bernardin de Saint-Pierre à Pascal Quignard, Rouen, Presses universitaires de Rouen et du Havre. AUGÉ, Marc, 1992. Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Seuil. BACHELARD, Gaston, 1957, Poétique de l’espace, Paris, Presses universitaires de France. BARON, Christine, 2011, « Littérature et géographie : lieux, espaces, paysages et écritures », Fabula-LhT, n° 8. BERCQUE, Augustin, 1987, Écoumène. Introduction à l’étude des milieux humains, Paris, Belin. BROSSEAU, Marc, 2022, Tableau de la géographie littéraire, Pau, Presses universitaires de Pau et des pays de l’Adour. 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