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Hommage à James Durnerin par Erich Fisbach

James Durnerin nous a quittés le 28 juin dernier, à son domicile lyonnais, à l’âge de 85 ans. Né à Dijon le 12 janvier 1941, James Durnerin a effectué ses études secondaires au lycée Carnot de Dijon avant de s’inscrire à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’université dans cette même ville. À l’issue de l’obtention de l’agrégation d’espagnol en 1964, il entre dans l’enseignement secondaire. Il est nommé professeur agrégé d’espagnol au Lycée Victor-Hugo de Besançon où il exerce entre 1964 et 1966 avant d’accomplir son service militaire en Guadeloupe dans le corps des fusiliers marins entre 1966 et 1968. Il retrouve ensuite son poste de professeur agrégé d’espagnol au lycée Victor-Hugo de Besançon jusqu’à la rentrée 1972, année où il est recruté comme assistant d’espagnol à la Faculté des lettres de l’université de Besançon où il exerce jusqu’à son recrutement comme Maître-assistant, puis comme maître de conférences à l’université d’Angers en 1980. Il participe alors à la création du département d’espagnol dans lequel il exerce jusqu’en 1993. Entretemps, en 1975, James Durnerin soutient une thèse de Doctorat de 3ème cycle sur Maura et Cuba sous la direction d’Albert Derozier – thèse qu’il publie en 1978 dans les Annales littéraires de l’université de Besançon – puis l’Habilitation à Diriger des Recherches en 1992, sous la direction de Paul Estrade. James Durnerin est alors recruté comme professeur des universités à l’université d’Orléans (1992-1994) puis à l’université Lumière Lyon 2 en 1994. Dans la thèse qu’il consacre à Antonio Maura et à sa politique coloniale, James Durnerin étudie notamment le projet d’autonomie de Cuba que Maura présente aux Cortes alors qu’il était ministre de l’Outre-mer, de 1892 à 1894. La publication de la thèse en 1978 inscrit durablement James Durnerin comme l’un des spécialistes du réformisme espagnol et de Cuba colonial. Chercheur rigoureux, incroyablement érudit et d’une grande modestie, ses domaines de prédilection embrassent l’histoire de l’Amérique hispanique, de la littérature hispano-américaine, les relations entre l’Espagne et Cuba, l’image et ses représentations, la presse, mais aussi l’histoire et la culture des lieux dans lesquels il lui a été donné de vivre. Très engagé dans la transmission et le partage, James Durnerin a été membre de l’équipe pluridisciplinaire et interuniversitaire « Histoire des Antilles hispaniques » (HAH) de l’université Paris VIII-Saint-Denis, responsable de l’équipe angevine de l’association ALMOREAL (Angers, Orléans, Le Mans, Relations Espagne [puis Europe] Amérique latine) dont il est l’un des fondateurs et qui regroupait des enseignants-chercheurs des trois universités, à une époque où il n’existait pas de laboratoire de recherche hispanique dans ces universités. 

Il participa également activement au développement des échanges universitaires européens, notament dans le cadre du programme universitaire ERASMUS et en particulier dans le programme interuniversitaire de coopération SALOMÉ, initié entre les universités d’Angers et de Saint-Jacques-de-Compostelle avant d’être élargi à plusieurs autres universités européennes.

À Lyon 2 il poursuit son engagement dans l’encadrement de la recherche et anime le groupe REAL, consacré aux relations entre l’Europe et l’Amérique latine.

Il achève sa carrière d’enseignant-chercheur dans la filière espagnol du département des Langues Romanes de cette même université en 2005. La retraite n’a pas signifié pour James Durnerin la fin de son engagement, notamment auprès des jeunes, et c’est ainsi qu’il a été pendant dix ans président bénévole du conseil d’administration de la Caisse du Crédit Mutuel Enseignant Grand Est et jusqu’aux derniers jours de son existence, bénévole au sein de l’association Coup de Pouce Université (CPU Lyon) dont la mission consiste à apporter de l’aide aux étudiants tout au long de leur parcours universitaire, notamment par l’aide en français, l’accompagnement méthodologique et les échanges interculturels.

J’ai connu James Durnerin à la rentrée 1986 et le jeune département d’espagnol de l’université d’Angers où il m’a fait venir comme AND (Ancien Normalien Doctorant). Depuis il m’a constamment soutenu acceptant notamment d’être garant de mon HDR qu’il m’avait souvent encouragé à préparer. Ce n’est cependant pas seulement le chercheur érudit, curieux, discret, l’enseignant investi, d’une probité qui forçait le respect que je salue aujourd’hui, mais l’homme, toujours égal d’humeur, bienveillant, s’intéressant aux autres, d’une mémoire prodigieuse et d’une extrême gentillesse, qualités qu’il partageait avec son épouse Catherine et ses deux enfants, Juliette, qu’ils ont l’immense malheur de perdre alors qu’elle n’avait que 24 ans, et Jean-Baptiste. Je veux garder de James, de cette belle famille, sa fidélité, sa gentillesse, sa bienveillance, son amitié sans failles, et au collègue qu’il a été, sa rigueur intellectuelle, sa générosité, son honnêteté et sa modestie. Repose en paix mon cher James.

Erich Fisbach, Université d’Angers