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Rivalités et luttes de factions dans les mondes hispaniques (XVe-XVIIe siècles)

Rivalités et luttes de factions dans les mondes hispaniques (XVe-XVIIe siècles)

Rivalités et luttes de factions dans les mondes hispaniques (XVe-XVIIe siècles)

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Comité d’organisation
Loann Berens (Université de Caen Normandie), Darío Flores Nuñez (Université de Tours), Nejma Kermele (Université de Pau et des Pays de l’Adour), Alexandra Merle (Université de Caen Normandie)

Les propositions en français ou en espagnol sont à envoyer avant le 1/11/2026 à dario-flores@univ-tours.fr ; nejma.kermele@univ-pau.fr ; loann.berens@unicaen.fr

Présentation
On présente le plus souvent la conquête de l’Amérique comme une série de guerres entre Européens et Indiens. Pourtant, d’autres formes de conflits traversent l’espace colonial hispanique dès les premières décennies : des affrontements entre factions, que les contemporains désignent tour à tour comme « parcialidades », « disensiones », « bandos », « ruidos », voire « tiranías », selon les intérêts qu’ils défendent et les jugements qu’ils portent. Ces luttes de factions, que Carmen Bernand (2024) propose de lire dans la lignée des banderías de l’Espagne médiévale, prolongées et transplantées aux Indes – hypothèse qui devra être l’objet de notre réflexion – ne sont ni des accidents de parcours ni des rébellions ouvertes contre la Couronne espagnole. Elles traduisent des rivalités de personnes, de clientèles et d’intérêts qui, en s’exacerbant, peuvent néanmoins finir par mettre en jeu les fondements mêmes de l’autorité et de la souveraineté de la Couronne dans le Nouveau Monde.
Sans doute le Pérou colonial offre-t-il le laboratoire le plus spectaculaire et le mieux documenté de ces affrontements : les guerres entre pizarristes et almagristes, la rébellion de Gonzalo Pizarro contre les Leyes Nuevas (1542-1548) ou encore la révolte de Francisco Hernández Girón (1553-1554) sont abondamment consignées dans les archives coloniales et dans des chroniques telles que celles de Pedro Cieza de León ou de Diego Fernández de Palencia. Mais ces logiques de fracture interne sont bien antérieures aux guerres du Pérou et dépassent largement son cadre chronologique et géographique : dès le deuxième voyage, le séditieux Roldán Ximénez s’oppose à l’autorité de Bartolomé Colomb à Xaragua, et Oviedo désigne l’insurrection des frères Porras lors du quatrième voyage de Christophe Colomb comme « la primera batalla que se sabe haber habido entre cristianos en estas partes e Indias » . Le renversement d’Álvar Núñez Cabeza de Vaca par les colons d’Asunción (1544) ou la rébellion des frères Contreras au Nicaragua et au Panama (1550) confirment que ces dynamiques traversent l’ensemble de l’espace colonial hispanique et appellent une autre lecture de l’ensemble de ces phénomènes.
Ces affrontements se réduisent-ils à de simples luttes de pouvoir, où les acteurs ne se disputeraient que positions et richesses ? Mettent-ils en jeu des conceptions rivales de la légitimité ? S’inscrivent-ils, comme cela a été suggéré plus haut, dans la continuité des luttes de factions de l’Espagne médiévale ? C’est à l’ensemble de ces questions que le colloque entend se consacrer.

Axe 1. Les luttes de faction comme objet historique : vers une tentative de définition
Le premier axe du projet consistera à étudier ces luttes de faction comme des objets historiques spécifiques, irréductibles aux catégories classiques de la guerre et de la rébellion. Leur spécificité tient au fait qu’elles opposent des acteurs qui partagent les mêmes références culturelles, religieuses et juridiques, ainsi qu’une même fidélité proclamée à la Couronne. Elles naissent, le plus souvent, non pas d’une volonté de transgression politique, mais de rivalités internes aux groupes de conquérants eux-mêmes : rivalités régionales, vieilles rancœurs entre capitaines, concurrence pour le partage du butin, jalousies suscitées par l’attribution des mercedes. Il ne s’agit donc pas d’un affrontement entre deux univers totalement étrangers, mais de tensions qui se développent à l’intérieur même de l’ordre impérial espagnol, et qui ne prennent que rarement la forme d’une rébellion ouverte contre la Couronne.
L’objectif sera alors de comprendre ce qui distingue ces rivalités d’autres formes de guerre ou d’événements contestataires. La variété des cas examinés appelle un effort de définition conceptuelle. Sédition, luttes de factions, rivalités, ruidos : chacun de ces termes mobilise des héritages politiques et juridiques distincts et renvoie à des réalités, des acteurs et des enjeux différents, dont les contours méritent d’être dégagés. On s’intéressera aux modalités et aux mécanismes de formation des factions (loyautés partagées, recrutements, choix du leader, etc.) afin de saisir la logique propre de chacune de ces séquences historiques tout en liant expériences américaines et européennes.
Cet axe s’intéressera aussi aux acteurs qui, sans être nécessairement les protagonistes principaux de ces affrontements, y jouent néanmoins un rôle décisif, tels que les caciques, auxiliaires indigènes et esclaves africains en Amérique, et, plus largement, les intermédiaires locaux, etc. Il portera sur ces figures subalternes, souvent enrôlées de force ou contraintes de prendre parti, mais parfois aussi engagées de leur plein gré, en fonction de leurs propres objectifs politiques. On insistera également sur le rôle des femmes, souvent moins visible, alors même qu’elles assurent la continuité des lignages, l’administration des biens, la traduction ou la circulation des informations.

Axe 2. Gestion des conflits : légitimité, autorité et souveraineté
Une attention particulière sera portée aux temporalités propres de ces conflits : phases d’attente et de murmuraciones, temps de déplacement, temps de ralliement des factions, périodes de vacance du pouvoir, délais de communication entre territoires. Ces temporalités créent des espaces d’autonomie de fait, où les acteurs sur le terrain décident et agissent sans attendre les instructions royales. Ce volet cherche ainsi à dépasser l’histoire événementielle pour interroger les formes, les logiques et les effets politiques de ces conflits.
Parce qu’elles sont aussi des guerres de papier, ces luttes donnent lieu à un abondant corpus textuel – plaintes, relaciones de méritos y servicios, procurations, lettres aux différents Conseils – par lequel chaque faction cherche à légitimer sa cause et à disqualifier l’adversaire. C’est souvent dans cet espace que se joue à nouveau le conflit, soit avant et le plus souvent après les affrontements. Ces argumentaires politiques et juridiques méritent d’être examinés de près, en tant qu’ils cherchent à définir qui peut être investi d’une autorité, au nom de quoi et sur la base de quelle légitimité.

Axe 3. Mises en récits et enjeux mémoriels
Au-delà des argumentaires juridiques et politiques, ces conflits donnent également lieu à une autre forme d’écriture : celle des chroniqueurs qui, après les affrontements, cherchent à en rendre compte. Comment ces récits classent-ils ces luttes ? Quelle part ou quel statut concèdent-ils à ces conflits ? Les minimisent-ils ou au contraire les héroïsent-ils ? Comment les articulent-ils à des cadres de références plus vastes, qu’il s’agisse de l’histoire espagnole et européenne médiévale ou de l’héritage classique omniprésent dans la culture des chroniqueurs ?
Par ailleurs, ces enjeux narratifs ne sont pas le seul fait des chroniqueurs espagnols. Pour prendre l’exemple américain, des auteurs indigènes et métis se sont également emparés de ces conflits, avec des perspectives très différentes : Felipe Guamán Poma de Ayala réinscrit ces conflits dans une lecture morale et providentialiste du désordre colonial, tandis que des auteurs comme Fernando de Alva Ixtlilxóchitl les intègrent dans des récits dynastiques et territoriaux propres à la noblesse indigène, révélant des enjeux mémoriels qui débordent largement le monde espagnol.
En croisant ces différentes traditions d’écriture, cet axe entend montrer que la mise en récit des luttes de factions n’est jamais anodine. Désigner un conflit comme rébellion ou comme guerre civile, présenter un chef de faction comme tyran ou comme bénéficiaire des fruits d’une action jugée légitime, introduire une comparaison avec des évènements précédents survenus en d’autres temps et d’autres lieux, c’est réactiver des questions laissées ouvertes. Ces récits pourraient être ainsi les derniers champs de bataille de ces luttes de factions.

L’appel à communication complet en français et en espagnol est à consulter en PJ.

Additional Details

AAC ou programme -

Argumentaire-colloque_Rivalites-et-luttes-de-factions_Tours-version-finale.pdf

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Pour vous inscrire à cet évènement, envoyez vos informations par e-mail à loann.berens@unicaen.fr .

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Date et heure

29 - 09 - 2026 à
01 - 11 - 2026
 

Types d’événements

 

Catégorie de l’événement

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