
Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne et reine de France
Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne et reine de France
12 et 13 novembre 2026
Université de Caen Normandie
Par la mort du prince Balthazar Charles en 1646, l’infante Marie-Thérèse devient l’héritière universelle de Philippe IV, statut qu’elle conserve pendant plus de dix ans et qui suspend toute perspective de négociation matrimoniale. La naissance d’un nouveau prince en 1657 permet à l’Espagne de considérer, bien que frileusement, l’alliance proposée par Anne d’Autriche et Mazarin. Âprement disputée, la main de l’infante est finalement remportée au cours des longues discussions de l’été 1659 que conclut le Traité des Pyrénées. En 1660, l’infante d’Espagne Marie-Thérèse devient ainsi reine de France et de Navarre. Alors âgée de 22 ans, elle n’est ni aussi jeune ni aussi inexpérimentée que certaines de ses homologues au moment de leur mariage. Elle ne connaît pas non plus les batailles que d’autres – à commencer par sa belle-mère – mènent durant des années pour atteindre la consécration. En effet, sa légitimité est rapidement assise par la naissance en 1661 d’un Dauphin qui éloigne Philippe d’Orléans du trône et, par la même occasion, le spectre des désordres internes à la famille royale vécus sous le règne précédent. En outre, le décalage culturel et la barrière linguistique, obstacles auxquels se heurtent d’ordinaire les princesses mariées dans des royaumes étrangers, sont considérablement aplanis par Anne d’Autriche, avec laquelle elle partage le prestigieux statut d’infante d’Espagne, sans équivalent en Europe.
Malgré l’éminence de sa condition, l’historiographie française l’a fort maltraitée. Louis XIV et ses maîtresses ont fait couler tant d’encre qu’il n’en est guère resté pour celle qui aurait pu monter sur le trône d’Espagne. Au miroir du Roi-Soleil, Marie-Thérèse n’est qu’une petite Espagnole insignifiante, aussi laide que sotte, politiquement inutile. Pourtant, les maîtresses de Louis XIV ne peuvent être de véritables concurrentes, la reine étant seule habilitée à remplir les fonctions dynastiques, politiques et de représentation attachées à sa naissance et renforcées par son mariage. En outre, le roi volage ne dédaigne pas la couche d’une épouse qu’il estime. En dépit des humiliations publiques dont se font l’écho les contemporains friands de commérages, la reine se tient quotidiennement à ses côtés. L’importance reconnue aux maîtresses royales par l’historiographie est ainsi inversement proportionnelle à leur rang institutionnel : dès lors, on peut se demander jusqu’à quel point le potentiel d’influence de l’égale de Louis XIV par le rang, la mère de ses six enfants légitimes et sa compagne pendant vingt-trois ans a été sous-évalué.
Les raisons de ce désamour français sont examinées par Joëlle Chevé dans son ouvrage Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV, qui constitue la première biographie consacrée à cette reine – sur seulement trois en français[1] – à ne pas débuter en 1660. Tour à tour présentée comme repoussoir ou comme victime, Marie-Thérèse sert ainsi à expliquer les infidélités ou la tyrannie de Louis XIV, selon que les historiens adoptent une lecture favorable ou critique du monarque. Dans les deux cas, la reine de France est dépersonnalisée, invisibilisée, dépossédée d’une voix propre. Il est vrai qu’à une époque où il est de bon ton de consigner ses mémoires, elle se condamne à laisser les autres parler d’elle ou pour elle en ne se prêtant pas à cet exercice. Quelques travaux en espagnol ont malgré tout contribué à la faire sortir du silence en éditant des éléments de sa correspondance avec sor María de Ágreda (Bonfils, 2015 ; Romero-Díaz, 2020) ou avec la comtesse de Paredes (Travesedo, Sandoval, 1977). Ses échanges avec des membres de sa famille comme ses cousines sor Mariana de la Cruz (Vilacoba Ramos, 2005 ; Romero-Díaz, 2021) ou Marie-Anne d’Autriche nous sont également connus (Oliván Santialestra, 2006).
Attribuer les étiquettes de sottise ou de médiocrité à un personnage historique est un procédé commode pour expliquer des silences qu’on ne sait faire parler. Nous inscrivant dans le champ des Queenship studies et dans la continuité des travaux initiés dans les années 2000 (par exemple Barbiche, 2005 ou Chevé, 2008), nous nous proposons donc de dépasser les idées reçues attachées à Marie-Thérèse d’Autriche et de questionner la discrétion politique de la reine à l’aune d’un absolutisme qui tend à invisibiliser les formes de pouvoir extérieures à la personne du roi. Il s’agira ainsi de replacer l’infante dans les contextes politique et dynastique de son temps et d’examiner la manière dont elle s’est emparée de la place institutionnelle qui lui était réservée, aussi bien dans l’Espagne de Philippe IV que dans la France absolutiste de Louis XIV ou encore dans l’Europe de la « société des Princes » à laquelle elle appartenait pleinement en tant que membre éminent de la dynastie de Habsbourg, épouse du souverain français et mère de son héritier. La tenue de ce colloque en France – inauguré par Silvia Z. Mitchell et Jonathan Spangler, auteurs d’une biographie à paraître sur Marie-Thérèse d’Autriche – permettra d’établir un dialogue entre spécialistes francophones et hispanophones de l’histoire du XVIIᵉ siècle et ainsi d’articuler les statuts d’infante d’Espagne et de reine de France de Marie-Thérèse.
Les communications pourront notamment explorer les axes suivants :
1) Marie-Thérèse, infante d’Espagne et héritière de Philippe IV
2) Réseaux, mécénat, espaces d’influence et marges d’action
3) Statut et fonctions de la reine de France en monarchie absolue
4) La famille de Marie‑Thérèse : relations intra‑familiales et quotidienneté
Modalités de soumission
Les propositions de communication, comprenant un résumé d’environ 500 mots maximum et une courte présentation bio-bibliographique, devront être envoyées avant le 15 mai 2026 à l’adresse suivante : marion.duchesne@unicaen.fr
Les demandes de participation en visioconférence seront examinées par le comité scientifique. Les communications de 20 minutes pourront être réalisées en français, en espagnol ou en anglais. L’organisation du colloque prend en charge le séjour (deux nuitées) et les repas. Les actes du colloque feront l’objet d’une publication.
Comité de sélection
Marion Duchesne, Université de Caen Normandie
Alexandra Merle, Université de Caen Normandie
Silvia Z. Mitchell, Purdue University
Jonathan Spangler, Manchester Metropolitan University
Additional Details
AAC ou programme -
CFP-francais.pdf
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Date et heure
15 - 05 - 2026