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Les racines féminines de l’humanitaire : Féminisme, pacifisme, antifascisme (Europe, 1914-1956)

Les racines féminines de l’humanitaire : Féminisme, pacifisme, antifascisme (Europe, 1914-1956)

Les racines féminines de l’humanitaire : Féminisme, pacifisme, antifascisme (Europe, 1914-1956)

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L’histoire de l’humanitaire connaît en ce moment un essor important et des évolutions épistémologiques notables. D’abord conçue comme l’étude de l’histoire des organisations humanitaires, elle s’est progressivement intéressée à ses acteurs et actrices, les travailleurs et travailleuses humanitaires (Damousi, 2022), mais aussi aux personnes et collectifs destinataires de l’aide humanitaire, en particulier les populations déplacées de force (Agier 2002 ; Martinez, 2023). Le rapport entre la naissance de l’action humanitaire et le colonialisme et impérialisme européens a été très rapidement établie, mais on a aussi mis en évidence les liens étroits entre l’évolution et la professionnalisation des pratiques humanitaires au XXe siècle et l’émergence en Europe de la question des réfugiés, notamment à partir de la Révolution russe et surtout de la fin de la Première Guerre mondiale. Cette relation s’est renforcée au fil des interventions humanitaires dans le dénommé « Tiers monde », pendant la Guerre froide et après ; des événements comme la crise du Biafra en 1967-70 ont supposé un tournant dans cette professionnalisation, mais aussi dans le regard des sciences humaines sur la question humanitaire (Glasman, 2023). Depuis les années 2000, on voit émerger un discours critique sur l’humanitaire, qui met en avant ses liens étroits et historiques avec la question coloniale et impériale. En rapport avec ces origines, l’aide humanitaire et l’aide au développement contribueraient aussi à maintenir les populations destinataires de cette aide dans une position de dépendance et prolongeraient les rapports coloniaux au-delà des processus de décolonisation (Paulmann, 2016 ; Barnett and Weiss, 2008 ; Salvatici 2019 ; Brecqueville, 2025).

Johannes Paulmann (2016) distingue trois traditions principales aux origines de l’humanitaire. La tradition impériale, où l’aide humanitaire, au croisement entre gouvernements, organisations humanitaires et institutions religieuses, répondrait aux nouveaux impératifs et responsabilités morales nées vers le milieu du XIXe siècle envers les populations colonisées ; la tradition liée au mouvement de la Croix Rouge, voué à l’aide aux populations civiles en temps de guerre ; et enfin la tradition religieuse, où l’humanitaire résulterait de l’évolution et de la professionnalisation de la pratique de la charité chrétienne. Ce colloque international se propose d’explorer les marges de ces traditions en cherchant d’autres sources et racines de l’action humanitaire, qui émergent parfois au sein de ces trois grandes traditions, parfois comme alternative à celles-ci, parfois dans leurs interstices. Pour cela, nous proposons de déplacer le regard vers celles qui sont, le plus souvent, les « petites mains » travaillant sur le terrain humanitaire : les femmes.

Comme le signalent plusieurs auteur.ices (Martín-Moruno et al., 2020), l’action humanitaire est très majoritairement le fait des femmes, même si ensuite les cadres sont majoritairement masculins. Dans la période qui nous occupe, cette participation a en général été considérée, comme une forme convenable pour les femmes de projeter leurs qualités « maternelles » dans l’espace public à travers des activités qui relèvent du care. A rebours de cette interprétation, qui n’interroge pas les expériences et engagements concrets de ces femmes, ce colloque a pour but de mettre en lumière les trajectoires, les motivations et les ressorts de l’action humanitaire féminine, dont l’essor coïncide avec le développement de puissants réseaux féminins, féministes et antifascistes en Europe. La séquence chronologique choisie (1914-1956), ainsi que le choix du terrain européen, ont pour but de focaliser la réflexion sur la période que l’historien Enzo Traverso qualifiait de « guerre civile européenne », avec une attention particulière au moment de la Guerre d’Espagne (1936-1939) laquelle, suivie d’une des plus importantes crises des réfugiés que l’Europe avait connu jusqu’alors, représente un jalon de l’histoire de l’engagement des femmes dans les conflits (Nash, 1995 ; Lines, 2011 ; Taillot, 2016), mais aussi un moment clé de l’évolution des pratiques humanitaires et un laboratoire dans leur processus de professionnalisation. L’histoire de l’humanitaire a, en effet, prêté plus d’attention aux conflits mondiaux, laissant de côté les guerres civiles, alors que celles-ci, et tout particulièrement la guerre d’Espagne, confrontent l’humanitaire à des défis spécifiques, comme la tension entre neutralité et politisation de l’aide humanitaire, qui se pose de façon aigüe au sein des solidarités antifascistes (Gatrell, Horne et Piller, 2025; Gerwarth et Piégais, 2025).

Tout en s’appuyant sur des expériences concrètes de femmes dans le domaine de l’humanitaire, ce colloque a plus largement pour ambition de penser la convergence entre les traditions politiques et militantes et les organisations humanitaires, de mettre en lumière des trajectoires ayant bifurqué des unes aux autres (des militantes devenues travailleuses humanitaires ou inversement) et de réfléchir aux confluences entre idéologies – mouvements – réseaux (le féminisme, l’antifascisme, le pacifisme, etc.) et l’action humanitaire. Mais avant tout, il nous intéresse tout particulièrement de « genrer » (Möller, 2020) l’histoire de l’humanitaire et de rendre leur place et leur visibilité historique aux femmes qui en ont été la cheville ouvrière.

Les thèmes proposés, non exhaustifs, sont les suivants :

• Biographies et trajectoires de femmes engagées et de travailleuses humanitaires, à la jonction de traditions et d’engagements pluriels ;

• Organisations et réseaux féminins à la croisée du militantisme et de l’humanitaire ;

• Lieux et espaces de rencontre(s) : Londres ou Paris dans l’entre-deux-guerres, la Genève de la Société des Nations, la guerre d’Espagne, etc. ;

• Pratiques de l’aide humanitaire et engagements militants ;

• Rapports avec les populations aidées, regards croisés aidantes / aidé.e.s ;

• L’aide humanitaire au prisme de l’histoire des émotions et de l’intime ;

• Sources : témoignages, archives, etc.

Additional Details

AAC ou programme -

Colloque-Racines-feminines-de-lhumanitaire-def.pdf

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Date et heure

26 - 11 - 2026 à
27 - 11 - 2026
 

Date de clôture des inscriptions

31 - 05 - 2026
 

Types d’événements

 

Catégorie de l’événement

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