
XIXe colloque international du CRICCAL : Histoires de fleuves et rivières. Amérique latine, continent fluvial (XIX-XXI), 28-29 janvier 2027.
¿Y fue por este río de sueñera y de barro
que las proas vinieron a fundarme la patria?
J.L. Borges
L’Amérique latine est un continent de fleuves superlatifs, vecteurs d’imaginaires puissants : du Río de la Plata, considéré comme le plus large du monde et, à ce titre, classé comme estuaire par certains géographes, en passant par l’Amazone, le fleuve au plus grand débit de la planète, jusqu’au Río Bravo/Grande, archétype de la frontière fluviale s’il en est. Au-delà de ces trois géants, le continent est sillonné par un réseau fluvial dense à partir duquel nous pouvons dépeindre la diversité des territoires, des sociétés et des histoires qui composent l’Amérique latine. Les fleuves et rivières influencent de manière déterminante la toponymie, l’architecture, les populations, les espaces et les identités de nombreux pays de la région. L’Uruguay et le Paraguay doivent leur nom à des fleuves ; les habitants de la ville de Buenos Aires sont des « porteños » avant d’être des « bonaerenses » en raison de leur lien historique avec le port du Río de la Plata ; il existe une Mésopotamie argentine et neuf pays d’Amérique du Sud sont traversés par l’Amazonie, une écorégion articulée autour du bassin de l’Amazone.
Parallèlement, les fleuves d’Amérique latine sont le théâtre de profondes tragédies humaines et constituent un point d’entrée privilégié pour les raconter. La guerre de la Triple Alliance (1864-1870), la plus meurtrière du continent, s’est déroulée autour des zones stratégiques des fleuves Paraná, Uruguay et Paraguay. Au XIXe et au XXe siècles, ces cours d’eau ont servi de voies de fuite à des exilés de toutes sortes. L’accélération des flux migratoires au milieu du XXe siècle a entraîné la mort d’innombrables migrants dans les eaux du Rio Bravo ou du Rio Suchiate, tandis que ceux qui parviennent à survivre portent le surnom d’« espaldas mojadas » (dos mouillés), en référence à la traversée. De même, les fleuves ont été utilisés comme moyens de disparition. Au milieu du Río de la Plata, l’oeuvre semi-submergée Reconstruction du portrait de Pablo Minguez de Claudia Fontes rend hommage à tous les corps jetés dans les fleuves lors des « vols de la mort » de la dictature civico-militaire argentine. Dans le contexte du conflit armé colombien, tant de disparus et d’assassinés ont fini dans les rivières que l’artiste visuelle Erika Diettes affirme, à travers son projet « Río abajo », que les rivières de Colombie constituent « le plus grand cimetière du monde ». (https://erikadiettes.com/rio-abajo-ind).
Tout comme plusieurs fleuves d’Amérique latine sont des lieux de construction identitaire ou de mémoire, d’autres tombent dans un oubli qui mérite d’être analysé. Rares sont les Péruviens qui savent que le fleuve Rimac (du quechua rimaq, « celui qui parle »), qui se jette dans la capitale, a été hispanisé pour donner son nom à Lima, une ville qui s’est construite en regardant vers l’océan Pacifique bien plus que vers son fleuve né dans les Andes. D’autres fleuves peuvent passer d’un statut central à une disparition du champ d’intérêt des investisseurs et des pouvoirs publics lorsque des projets d’infrastructure échouent. C’est le cas du fleuve San Juan, au Nicaragua, considéré depuis le milieu du XIXe siècle comme le site d’un canal interocéanique, avant que l’option du canal de Panama ne s’impose. Barranquilla, bien que située à l’embouchure du Magdalena, s’est historiquement tournée vers la mer des Caraïbes en tant que liaison avec l’espace atlantique et a délaissé son potentiel de connexion avec l’intérieur du pays via l’axe historique de colonisation et de peuplement de la Colombie. Ce n’est que depuis 2017 qu’un processus de revalorisation de son front de mer a été engagé grâce à des projets d’urbanisme tels que le malecón, ce qui invite à envisager le rapport entre le fleuve et la ville comme un moteur d’infrastructures et d’architectures spécifiques. Ces oublis peuvent s’expliquer par la difficulté de percevoir un fleuve dans sa globalité et non par tronçons. Dans le cas du Magdalena, le projet « El Río Magdalena. Conflits territoriaux et projets de développement : vers une vision de la durabilité » (CREDA / Université nationale de Colombie) vise précisément à inverser cette tendance, en proposant une lecture globale du système fluvial.
La négation du fleuve peut, en soi, revêtir une importance particulière, comme le suggère le roman de Selva Almada No es un río (2020), dont le titre constitue une clé de lecture du texte. Dans ce récit qui se déroule à Entre Ríos, centré sur la vie riveraine et la pêche, les rivières ne sont jamais indifférenciées : « Ce n’est pas un fleuve, c’est ce fleuve », affirme un personnage. Avec ce titre, Selva Almada nous invite également à nous demander ce qu’est – ou ce qui définit – un fleuve, reprenant la réflexion de Juan José Saer dans son traité imaginaire El río sin orillas (1991). En contemplant le Río de la Plata, Saer fait remarquer que l’observateur voit d’abord une « surface lisse, sans le moindre pli, […] incolore et vide » avant de remarquer qu’ « en levant les yeux vers l’horizon, dans le vide singulier de l’étendue qui se déploie sous ses yeux, il manque aussi ce qui, dans la configuration de tous les fleuves, apaise le regard et rassure, complétant l’idée, l’archétype de la notion même de “fleuve” : la rive opposée ». À l’inverse, pour l’écrivain péruvien César Calvo, « les fleuves peuvent exister sans eaux, mais pas sans rives ». Cette citation tirée de Las tres mitades de Ino Moxo y otros brujos de la Amazonía (1981) fait allusion à un phénomène climatique caractéristique de l’Amazonie des basses terres, l’alternance entre périodes de crue et de décrue qui régule la flore et la faune. Selon la saison, la forêt s’inonde, les poissons triomphent et le marcheur devient navigateur, ou bien le fleuve s’assèche, des plages émergent et les mammifères étendent leur territoire. L’Amazone et ses affluents sont ainsi les architectes déterminants d’écosystèmes complexes, aujourd’hui menacés par la crise climatique, qui dérègle des cycles autrefois si précis.
Aujourd’hui, l’image d’un fleuve à sec évoque immédiatement les sécheresses, dont la fréquence et l’intensité n’ont cessé d’augmenter au cours de la dernière décennie, au point de transformer une des plus grandes réserves d’eau douce du monde en un désert. Les images du lit du fleuve Solimões, où des pêcheurs désemparés abandonnaient leurs embarcations pour marcher au milieu des cadavres de dauphins roses et d’autres animaux fluviaux, ont fait le tour du monde en 2024 (en particulier la série « Sécheresses en Amazonie » du photographe péruvien Musuk Nolte). Quelques années auparavant, les pêcheurs du fleuve Paraná avaient vécu des scènes similaires, contraints d’abandonner leurs bateaux au milieu du lit asséché du fleuve. Ces phénomènes ont également des implications territoriales et géopolitiques. Les bornes frontalières fixées en fonction de certains niveaux d’eau deviennent progressivement obsolètes, ouvrant la voie à de nouveaux conflits. Le traité frontalier colombo-péruvien de 1922 qui a accordé à la Colombie l’accès au fleuve Amazone — et, par là même, au commerce transatlantique fluvial jusqu’alors dominé par le Pérou et le Brésil —, ne correspond plus tout à fait à la réalité d’un fleuve de moins en moins navigable sur son tronçon colombien. Ces changements s’accélèrent, redéfinissant tant les relations internationales que les politiques nationales d’aménagement du territoire, héritées des longs processus de territorialisation des États latino-américains au XIXe siècle, au cours desquels ingénieurs, militaires ou géographes ont joué un rôle central au sein de commissions chargées de l’exploration des voies navigables ou de la délimitation des frontières.
Parallèlement, les discours développementalistes prônant l’exploitation de l’énergie fluviale et la maîtrise des cours d’eau ont été contestés à maintes reprises par les actions et les discours issus du militantisme environnemental et autochtone. D’autre part, les activités extractives, en particulier l’exploitation minière et le forage pétrolier, sont devenues synonymes de pollution des eaux. On ne s’étonne plus de voir des fleuves et rivières charrier des métaux lourds, des résidus miniers et des tâches de pétrole. Face à ces dangers, les philosophies autochtones qui considèrent les cours d’eau comme des « personnes » ont permis à ceux-ci d’obtenir une personnalité juridique et d’être considérés comme des sujets de droit dans plusieurs pays andins. Ces conceptions ont dépassé le cadre latino-américain, devenant une force motrice des courants écologistes à l’échelle mondiale. Des personnalités telles qu’Ailton Krenak nous invitent à « sortir d’un effondrement affectif » et à repenser notre relation avec les fleuves. Comme il l’écrit dans Futuro ancestral (2025), « nous avons toujours été proches de l’eau, mais il semble que nous apprenions très peu du langage des rivières. Cet exercice consistant à écouter ce que communiquent les cours d’eau engendre une sorte d’observation critique des villes […] qui s’étendent sur les corps des fleuves d’une manière si irrévérencieuse ».
De nombreux poètes se laissent interpeller par cette voix des fleuves. Comme Juan L. Ortiz, qui a su incarner la voix de l’eau qui coule dans son poème fluvial inspiré par le Gualeguay. Ce même fleuve a été contemplé des années plus tard par un autre poète de cette terre appelée Entre Ríos, Miguel Angel Frederick : « Quand le Gualeguay baissera son niveau, / quand il cessera de courtiser les nids glacés / et qu’il retournera, parmi des radeaux de petites feuilles, vers son lit d’argile… ». Les poètes s’expriment aussi en prose, comme José Coronel Urtecho, depuis le Río San Juan au Nicaragua, dans sa longue, minutieuse et vivante « Lettre-Préface » à El estrecho dudoso d’Ernesto Cardenal, cette épopée tragique et dérisoire de la quête vaine d’un fleuve illusoire. Histoire, géographie et mémoire se rejoignent également dans Los ríos profundos de José María Arguedas, où le yawar mayu, le fleuve de sang, est révolution et poétique. Le fleuve est plus qu’une métaphore, il est la matrice même de l’écriture poétique dans sa quête incessante, dans son écoulement apaisé ou tumultueux, dans son passage incessant à travers une géographie illuminée, transitoire, en mouvement.
Le XIXe congrès du CRICCAL invite les historiens, les spécialistes en littérature, arts visuels, cinéma ou études culturelles à réfléchir sur le continent latino-américain à travers la voix des fleuves, du XIXe siècle à nos jours. Il s’agit de réfléchir à la relation entre les fleuves et les modes
de vie riverains (commerce, transport, pêche, loisirs…) ; d’envisager les cours d’eau en lien avec les activités extractives ou en tant qu’agents constructeurs et modificateurs du territoire (débordements et sécheresses, connexions fluviales, obstacles, frontières, ports et barrages…). De même, il est proposé d’aborder les fleuves et rivières comme des lieux de mémoire et des témoins de conflits, mais aussi comme des « personnes » selon diverses cosmovisions autochtones et leurs traductions dans les législations nationales. Les communications pourront également se concentrer sur les récits et les imaginaires nés des fleuves, depuis les récits d’exploration à connotation coloniale qui parcourent les rivières et fleuves comme des voies de pénétration vers des territoires indomptés jusqu’aux contes, mythes, poèmes et romans qui font des fleuves des entités vivantes, protagonistes de leur propre histoire, sans oublier la représentation des fleuves dans les arts visuels
et le cinéma.
En ce sens, le fleuve peut être considéré à la fois comme un acteur et un objet de(s) histoire(s) de l’Amérique latine à l’époque contemporaine. Si de nombreuses études invitent à penser les masses d’eau de manière articulée — sous des notions telles que les « waterscapes » —, ce colloque propose également d’interroger les dynamiques historiques, sociales, artistiques et sensorielles générées spécifiquement par les fleuves et rivières. Il convient de s’inspirer du destin du fleuve avant qu’il n’atteigne la mer, ou, pour reprendre les mots du poète péruvien Javier Heraud : « L’heure viendra / où je devrai / déboucher dans les / océans, / mêler mes / eaux claires à ses / eaux troubles, / où je devrai / faire taire mon chant / lumineux, /où je devrai faire taire /mes cris furieux à /l’aube de chaque jour, /que je devrai éclaircir mes yeux /avec la mer […]/ et dans les mers immenses /je ne verrai plus mes champs /fertiles, /je ne verrai plus mes arbres /verts, […] et tout se dissoudra
dans /une plaine d’eau. »
Les communications pourront s’inscrire dans les axes de réflexion suivants :
1. Le fleuve en tant qu’entité vivante, acteur de l’histoire et/ou protagoniste d’imaginaires
2. Le fleuve exploité et dompté
3. Le fleuve dans sa dimension spatiale, en tant que frontière et/ou voie de circulation
4. Le fleuve en tant que lieu de mémoire
Langues de communication : espagnol ou français
Les résumés, d’une longueur de 250 mots + titre et 5 mots-clés, ainsi qu’une biographie de 5 lignes, doivent être envoyés à : criccal@sorbonne-nouvelle.fr
Date limite d’envoi des résumés : 01 juillet 2026
Durée des communications : 20 min
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CFP
Historias de ríos. Latinoamérica, continente fluvial (XIX-XXI)
28-29 de enero 2027
XIXe coloquio internacional del CRICCAL
¿Y fue por este río de sueñera y de barro
que las proas vinieron a fundarme la patria?
J.L. Borges
Latinoamérica es un continente de ríos superlativos y soportes de imaginarios potentes: desde el Río de la Plata, considerado el más ancho del mundo y por ello clasificado como estuario por algunos geógrafos, pasando por el Amazonas, el más caudaloso del planeta, hasta el Río Bravo/Grande, arquetipo de frontera fluvial si es que lo hay. Fuera de estos tres gigantes, el continente está atravesado por una densa red fluvial desde la cual podemos retratar la diversidad de territorios, sociedades e historias que configuran América Latina. Los ríos influyen de manera determinante en la toponimia, la arquitectura, las poblaciones, los espacios, las identidades de numerosos países de la región. Uruguay y Paraguay deben sus nombres a ríos; los habitantes de la ciudad de Buenos Aires son “porteños” antes que bonaerenses por su vínculo histórico con el puerto del Río de la Plata; existe una Mesopotamia argentina y nueve países de América del Sur son atravesados por la Amazonía, una ecorregión articulada en torno a la cuenca del Río Amazonas.
Al mismo tiempo, los ríos latinoamericanos son escenarios de profundas tragedias humanas y constituyen un punto de entrada privilegiado para narrarlas. La Guerra de la Triple Alianza (1864– 1870), la más mortífera del continente, giró en torno a los escenarios estratégicos de los ríos Paraná, Uruguay y Paraguay. En los siglos XIX y XX fueron rutas de escape para exiliados de todo tipo. La aceleración de los flujos migratorios a mediados del siglo XX supuso la muerte de incontables migrantes en las aguas del Río Bravo o Río Suchiate, mientras que quienes logran sobrevivir cargan con el apelativo de “espaldas mojadas”, en alusión a la travesía. Asimismo, los ríos han sido utilizados como dispositivos de desaparición. En medio del Río de la Plata, la obra semi sumergida “Reconstrucción del retrato de Pablo Minguez” de Claudia Fontes homenajea a todos los cuerpos arrojados en los ríos en los llamados “vuelos de la muerte” de la dictadura cívico-militar argentina.
En el contexto del conflicto armado colombiano, cantidad de desaparecidos y asesinados terminaron en los ríos hasta el punto de que la artista visual Erika Diettes afirma con su proyecto “Río abajo” que los ríos de Colombia son “el cementerio más grande del mundo.” (https://erikadiettes.com/rio-abajo-ind). Así como varios ríos latinoamericanos son lugares de construcción de identidades o de memoria, otros caen en olvidos que merecen ser analizados. Son pocos los peruanos que saben que el río Rímac (del quechua rimaq, “el hablador”), que desemboca en la capital, se castellanizó para darle su nombre a Lima, una ciudad que se ha construido mirando hacia el océano Pacífico mucho más que hacia su río nacido en los Andes. Otros ríos pueden pasar de ser centrales a desaparecer del foco de interés de inversionistas y poderes públicos cuando fracasan proyectos de infraestructura. Es el caso del río San Juan, en Nicaragua, considerado desde mediados del siglo XIX como base para un canal interoceánico, antes de que se impusiera la opción del Canal de Panamá. Barranquilla, pese a situarse en la desembocadura del Magdalena, se ha proyectado históricamente hacia el mar Caribe en tanto que conexión con el espacio atlántico y ha dejado de lado su potencial conexión con el interior del país a través del eje histórico de colonización y población de Colombia.
Recién desde el 2017 se ha iniciado un proceso de revalorización de su frente fluvial mediante proyectos urbanísticos como el malecón, lo que invita a pensar el contacto entre río y ciudad como generador de infraestructuras y arquitecturas específicas. Estos olvidos pueden relacionarse con la dificultad de percibir un río en su totalidad y no por tramos. En el caso del Magdalena, el proyecto El Río Magdalena. Conflictos territoriales y proyectos de desarrollo: hacia una visión de la sustentabilidad (CREDA / Universidad Nacional de Colombia) busca precisamente revertir esta tendencia, proponiendo una lectura integral del sistema fluvial.
La negación del río puede, en sí misma, resultar significativa, como lo sugiere la novela de Selva Almada No es un río (2020), cuyo título es una clave de interpretación del texto. En este relato ambientado en Entre Ríos, centrado en la vida ribereña y la pesca, los ríos nunca son indiferenciados: “no es un río, es este río” afirma un personaje. Con ese título, Selva Almada nos invita también a preguntarnos, qué es – o qué define – un río, retomando la reflexión de Juan José Saer en su tratado imaginario El río sin orillas (1991). Al contemplar el Río de la Plata, Saer advierte que el observador ve primero una “superficie lisa, sin una sola arruga, […] incolora y vacía” antes de advertir que “al alzar la vista hacia el horizonte, en la vaciedad singular de la extensión que se despliega ante sus ojos, falta también aquello que, en la configuración de todos los ríos, descansa la mirada y tranquiliza, completando la idea, el arquetipo de la noción misma de “río”: la orilla opuesta”. De manera inversa, para el escritor peruano César Calvo, “los ríos pueden existir sin aguas, pero no sin orillas”. Esta cita extraída de Las tres mitades de Ino Moxo y otros brujos de la Amazonía (1981) alude a un fenómeno climático característico de la Amazonía de tierras bajas, la variación entre periodos de creciente y de vaciante que regula la flora y fauna. Según la temporada, el bosque se inunda, triunfan los peces y el caminante se vuelve navegante o el río se vacía, emergen playas y los mamíferos amplían su territorio. El Amazonas y sus afluentes son así arquitectos determinantes de ecosistemas complejos, hoy amenazados por la crisis climática, que desregula ciclos antes tan precisos.
En la actualidad, la imagen de un río sin aguas remite de inmediato a las sequías, cuya frecuencia e intensidad no han dejado de aumentar en la última década, hasta el punto de transformar una de las mayores reservas de agua dulce en el mundo en un desierto. Las imágenes del lecho del Río Solimões, donde pescadores desamparados abandonaban sus embarcaciones para caminar en medio de cadáveres de delfines colorados y de otros animales fluviales, dieron la vuelta al mundo en el 2024 (en particular la serie “Sequías en la Amazonía” del fotógrafo peruano Musuk Nolte). Unos años antes, los pescadores del Río Paraná habían vivido escenas similares, forzados a dejar sus barcos en medio del lecho del río seco. Estos fenómenos tienen también implicaciones territoriales y geopolíticas. Hitos fronterizos fijados según determinados niveles de agua se vuelven progresivamente obsoletos, abriendo la puerta a nuevos conflictos. El tratado de límites de 1922, que otorgó a Colombia acceso al Río Amazonas —y, con ello, al comercio transatlántico por vía fluvial hasta entonces dominado por Perú y Brasil— ya no se corresponde plenamente con la realidad de un río cada vez menos navegable en su tramo colombiano. Estos cambios se aceleran, reconfigurando tanto las relaciones internacionales como las políticas nacionales de ordenamiento territorial, heredadas de largos procesos de territorialización de los Estados latinoamericanos en el s.19, en los que ingenieros, militares o geógrafos desempeñaron un papel central a través de comisiones de exploración de vías navegables o de comisiones de límites.
Paralelamente, los discursos desarrollistas de explotación de la energía fluvial y de control de los ríos se han visto confrontados más de una vez por las acciones y discursos provenientes del activismo ambiental e indígena. Por otro lado, las actividades extractivas, en particular la minería y la perforación petrolera, se han vuelto sinónimos de contaminación de las aguas. Se ha normalizado que los ríos arrastren metales pesados, relaves mineros y crudo derramado. Ante estos peligros, las filosofías indígenas que consideran a los ríos como “gente”, han logrado que los ríos obtengan personalidad jurídica y sean considerados sujetos de derecho en varios países andinos. Estas concepciones han trascendido el ámbito latinoamericano, convirtiéndose en fuerza motriz de corrientes ecologistas a escala global. Figuras como Ailton Krenak invitan a “salir de un colapso afectivo” y a replantear nuestra relación con los ríos. Como escribe en Futuro ancestral (2025), “siempre estuvimos cerca del agua, pero parece que aprendemos muy poco del habla de los ríos. Este ejercicio de oír lo que comunican los cursos de agua gener[a] una suerte de observación crítica de las ciudades […] que se propagan sobre los cuerpos de los ríos de una manera tan irreverente”.
Varios son los poetas que se dejan convocar por esta voz del río. Como Juan L. Ortiz que supo ser la voz del agua que corre en su poema fluvial inspirado por el Gualeguay. El mismo río fue contemplado años después por otro poeta de esta tierra llamada Entre Ríos, Miguel Angel
Frederick: “Cuando baje el Gualeguay,/cuando deje de cortejar nidales ateridos / y regrese entre balsas de hojitas a su caja de greda..”. Los poetas hablan también en prosa, como José Coronel Urtecho, desde el Río San Juan de Nicaragua, en su larga, minuciosa y vivida “Carta-Prólogo” al Estrecho dudoso de Ernesto Cardenal, esa trágica e irrisoria épica de la inútil búsqueda de un río
ilusorio. Historia, geografía y memoria confluyen asimismo en Los ríos profundos de José María Arguedas, donde el yawar mayu, el río de sangre, es revolución y poética. El río es más que metáfora, es la matriz misma de la escritura poética en su búsqueda incesante, en su fluir apaciguado o revoltoso, en su incesante transitar por una geografía iluminada, transitoria, caminante.
El congreso XIX del CRICCAL invita a historiadores, especialistas en literatura, artes visuales, cine o estudios culturales a pensar el continente latinoamericano a partir del “habla de los ríos”, desde el siglo XIX hasta la actualidad. Se convoca a reflexionar sobre la relación entre los ríos y los modos de vida ribereños (comercio, transporte, pesca, prácticas recreativas …); a pensar los ríos en vinculación con las actividades extractivas o como agentes constructores y modificadores del territorio (desbordes y sequías, conexiones fluviales, obstáculos, fronteras, puertos y malecones…). Asimismo, se propone abordar los ríos como lugares de memoria y testigos de conflictos, pero también como “gente” siguiendo varias cosmovisiones indígenas y sus traducciones en legislaciones nacionales. Las ponencias podrán asimismo centrarse en los relatos e imaginarios que nacen de los ríos, desde las narrativas de exploración de sesgo colonial que navegan los ríos como vías de penetración a territorios indómitos hasta cuentos, mitos, poemas y novelas que hacen de los ríos entidades vivas, protagonistas de su propia historia, sin olvidar la representación de los ríos en las artes visuales y el cine.
En ese sentido, el río podrá ser considerado tanto actor como objeto de la(s) historia(s) de Latinoamérica en la época contemporánea. Si bien numerosos estudios invitan a pensar los cuerpos de agua de manera articulada —bajo nociones como waterscapes—, este congreso propone igualmente interrogar las dinámicas históricas, sociales, artísticas y sensibles que generan específicamente los ríos. Cabe inspirarse en el destino del río antes de llegar al mar o dicho en las palabras del poeta peruano Javier Heraud: “Llegará la hora/ en que tendré que /desembocar en los /océanos, /que mezclar mis /aguas limpias con sus /aguas turbias, /que tendré que /silenciar mi canto /luminoso, /que tendré que acallar /mis gritos furiosos al /alba de todos los días, /que clarear mis ojos /con el mar […]/ y en los mares inmensos/ no veré más mis campos / fértiles,/ no veré mis árboles / verdes, […] y todo se disolverá en /una llanura de agua.” Las ponencias podrán inscribirse en los siguientes ejes de reflexión:
1. El río como entidad viva, actor de la historia y/o protagonista de imaginarios
2. El río explotado y domado
3. El río en su dimensión espacial, como frontera y/o vía de circulación
4. El río como lugar de memoria
Lenguas de comunicación: español o francés
Se mandarán los resúmenes, de una extensión de 250 palabras + título y 5 palabras claves además de una biografía de 5 líneas a: criccal@sorbonne-nouvelle.fr
Fecha límite para mandar los resúmenes: 01 de julio 2026
Duración de las comunicaciones: 20min
Pour vous inscrire à cet évènement, envoyez vos informations par e-mail à robert-adrian.baca-oviedo@sorbonne-nouvelle.fr .
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Date et heure
29 - 01 - 2027